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1/09/2020

Yennayer 2970


Tipasa abritera les festivités officielles de Yennayer 2970. La wilaya de Tipasa, située à l’ouest d’Alger, comporte une région berbérophone dans cette wilaya à majorité arabophone. Le mont Chenoua possède ses caractéristiques culturelles, artistiques et sociales.
La wilaya de Tipasa abritera cette année les festivités officielles et nationales de Yennayer 2970,  le  Nouvel An amazigh, a annoncé mardi le Haut-Commissariat à l'amazighité (HCA). Un programme «riche» et «instructif», alliant les aspects socio-éducatifs et l'aspect académique, a été conçu pour cet événement national.
«Cette année, le HCA, pour abriter les festivités officielles et nationales, a choisi la wilaya de Tipasa, mais avec un rayonnement sur l'ensemble de ses communes, ainsi que l'intervention habituelle au niveau des autres wilayas», a indiqué le HCA dans un communiqué. Selon son secrétaire général, Si El Hachemi Assad, le Nouvel An amazigh Yennayer sera célébré cette année «avec un programme riche, instructif, alliant les aspects socio-éducatifs (expositions d'artisanat et des manifestations artistiques et environnementales, comme la plantation d'arbres) et l'aspect académique, à travers, notamment, un colloque qui réunit des historiens, des archéologues, des anthropologues et des universitaires». «La célébration du Nouvel An amazigh se distingue, cette année, par la publication, en une seule édition, de cinq titres traitant de Yennayer en tant que sujet d’étude et axe de réflexion menés par des universitaires aguerris», a ajouté M. Assad. L’objectif visé est de «mettre en exergue la portée philosophique, historique, socio-culturelle et symbolique de cette fête ancestrale».
Le HCA rappelle, par ailleurs, que cette fête est «célébrée avec faste dans les foyers des différentes régions du pays mais aussi sur les places publiques par les associations et les institutions de l'Etat, notamment depuis la consécration du premier jour de l’an amazigh, correspondant au 12 janvier de chaque année, comme une journée chômée et payée, en vertu de la modification en 2018 de la loi n °63-278 du 26 juillet 1963 fixant la liste des fêtes légales en Algérie». Le HCA, les  institutions de l’Etat ainsi que la société civile «célèbrent cet événement dans sa dimension nationale, caractérisée par la richesse et la diversité de ses expressions culturelles et ses manifestations festives les plus authentiques», est-il encore souligné. L’évènement aussi «se veut un solide ferment dans la symbiose populaire et un ciment inaltérable pour la cohésion sociale et l’unité du peuple algérien».
«Autant Yennayer est une fête traditionnelle, marquant le début de l’année agraire, autant c’est une tradition millénaire de notre société», a fait remarquer le HCA, soulignant que cette fête «nous rappelle que la dimension amazighe, comme les autres composantes consacrées par la Constitution algérienne, édifie l'unité de la nation, sa pérennité et la cohésion sociale de notre pays». Pour le HCA, «cette fête constitue le socle commun des valeurs ancestrales de convivialité, de partage, de générosité, de solidarité et du vivre-ensemble».
Ainsi, «Yennayer doit être lié au sens véhiculé par la tradition, celui centré sur le respect de la terre et orienté vers la connaissance scientifique en rapport avec la dimension historique», a-t-il rappelé, considérant Yennayer comme «un repère à la fois spatial et temporel, qui marque la profondeur de notre histoire et de notre patrimoine culturel».
Sur le plan patrimonial et social, cette fête célèbre la terre nourricière et le respect qui lui est dû en valorisant ce rapport «charnel» entre l'homme et la terre dans ses différents aspects «qui doivent être réinvestis dans des perspectives éducatives et de formation à travers l’école».
La wilaya côtière de Tipasa comporte une «enclave» berbérophone dans une région à majorité arabophone. Le chenoui est un dialecte berbère appelé ainsi en référence au mont Chenoua. La région du Chenoua possède ses particularités culturelles et artistiques. Le genre musical Daynane est une de ses particularités. 
Le mausolée royal de Maurétanie, surnommé le «Tombeau de la Chrétienne» un monument de l'époque numide, est situé dans la wilaya de Tipasa.
Yennayer 2909, le premier célébré officiellement en Algérie et à l’échelle nationale,  s’est tenu sous le slogan de «Yennayer, racine, diversité et unité» et a été lancé à partir de la wilaya  de Laghouat.

1/08/2020

L’isopséphie ou le secret des chiffres et des lettres dans la poésie melhoun

Les passionnés de poésie melhoun connaissent plus que d’autres le secret de la présence des chiffres et des lettres séparées dans les œuvres poétiques, que leurs auteurs utilisent soit pour signer leurs poèmes soit pour les dater.

Un procédé herméneutique très courant que ces aèdes usent pour coder leurs poèmes et les rendre mystérieux aux yeux des profanes, mais c’est surtout pour tirer avantage de la valeur mystique de chaque lettre utilisée sachant qu’elle mène à une science ésotérique ayant pour but la connaissance de la sagesse divine connue par le vocable de théosophie.

Appelée isopséphie (hissab el jumâl) ou guématria, la science des lettres que les Arabes nomment ‘ilm al-hurûf ou al-simîya, cette discipline a eu de nombreux partisans comme Muhieddine ibn Arabi (1165-1240) qui dans son œuvre ayant pour titre «Nûn» dit : «Sache que les lettres sont une communauté parmi d’autres.» C’était pour dire que «la lettre est une entité existentielle». Un autre autre savant, Ahmad Abu al-'Abbas ibn 'Ali Al-Bûni (mort en 1225), s’est longuement étalé sur le sens caché des lettres dans son livre Shams al-Maarif wa Lata’if al-‘Awarif (Le livre du soleil de la gnose et les subtilités des choses élevées). 
Dans le même sillage, l’on cite également l’autre soufi et non moins savantissime qu’est Sahl ibn ‘Abd Allâh al-Tustârî (818-896), lequel s’est rendu célèbre grâce à son ouvrage intitulé «Rissâlat al-hurûf» (Epître sur les lettres) où il entre de plain-pied dans le monde secret de la fonction sacrale des lettres et leur translation  numérique. 


Et c’est pour cette raison que le poète Sidi Lakhdar Benkhelouf, un grand érudit en la matière, écrit dans sa qacida Ya mahal el-djûdi (Ô toi le substrat de la générosité) : «Dh’Al-hrûf adj’alhûm bina mhawta»(Fasse que ces lettres nous soient entourées). Lui, qui excellait dans la science d’al-jafr ou la divination, savait parfaitement le rôle que jouent les lettres pour celui qui connaît leur valeur.
Toutefois, ce qui nous intéresse dans cette science, c’est son utilisation dans la poésie melhoun. En effet, les poètes signent et datent leurs œuvres par ce procédé en puisant dans le djedwel, appelé hissâb el jumâl, les valeurs numériques des vingt-huit lettres de l’alphabet arabe. 


Cette manière de faire est appelée la réduction des lettres en chiffres. Pour l’exemple, citons le poète Bouazza qui va signer son œuvre El Kawi par ce ver : «Enbeyenne esmî fi hrûf Abadjed ya men sghâ quwâli, zoudj ou seb’îne zid seb’â lel esm kmalû.» (Je dévoile mon nom dans les lettres abadjed ô toi qui écoute mes paroles, deux plus soixante-dix ajoutes-en sept tu auras le nom complet).
 En réalité, le chiffre deux représente la lettre ba’, soixante-dix équivaut à la lettre ‘ayn alors que le chiffre sept c’est la lettre zeyn ce qui donne Bouazza. Il convient de signaler que les accents toniques, qu’on appelle el med dans la grammaire arabe sont ignorés dans la poésie melhoun.
Un autre exemple usité fréquemment par les poètes est la représentation de la 14e nuit lorsque la lune atteint sa plénitude. 


Elle est ainsi appelée el badr wahi car le waw équivaut à six et le ha’ à huit. En sommant les deux chiffres, nous obtenons le nombre quatorze. Dans ce cas précis, le poète Mohamed Benali Ould Erzine cite cet exemple dans sa qacida intitulée «El Jamous» où il dit : «Qard eywennes khir men el badr wahi.» (Un singe te tient compagnie mieux que la pleine lune). Le même procédé est utilisé pour la datation des œuvres poétiques dont nous citons l’exemple contenu dans le poème intitulé «El Bouraqiya» du poète El Mekki Ayoub où il dit : «Bem’ânî welfadh râyqa djemrach fettarikh ‘âmha.»(Avec des allusions et des mots de haute facture, Djemrach est la date de son année). Ainsi, djim = 3, mim = 40, ra = 200 et shine = 1000. 
La somme donne l’année 1243 de l’Hégire, l’équivalent de 1827 de l’ère chrétienne.
Ce ne sont là que quelques exemples pour illustrer la façon de faire des poètes du melhoun qui font régulièrement usage de l’isopséphie ou hissab el jumâl dans leurs œuvres et prouver ainsi leur génie dans la science ésotérique, qu’ils manient parfaitement, d’autant qu’un grand nombre parmi eux sont des fouqaha ou des soufis ayant atteint des niveaux spirituels très élevés.
M. Belarbi

DE SOUGUEUR A MOSTAGANEM : Sid Ahmed Benalioua, un prodigieux itinéraire musical

Sid Ahmed Benalioua ,le chanteur et virtuose de l’ association mostaganémoise « Ibnou Badja » de musique andalouse , est décédé le mardi 29 septembre 2015 à Mostaganem , à l’âge de 59 ans. Dans la vie comme sur scène, Sid Ahmed était très apprécié, autant pour ses grandes qualités humaines que pour ses connaissances musicales qu’il mettaient généreusement à la disposition de ses élèves de la classe d’initiation . Avec cette disparition, Mostaganem en berne , perd un artiste chevronné , au talent multiple , qui a beaucoup donné à notre ville . 


Sid Ahmed  Benalioua, chanteur  et  musicien  de l’association  ibnou Badja de  musique  andalouse   était  un  artiste  doué d’une grande  sensibilité.  Instrumentiste  et  soliste  hors pair , le  regretté  chanteur  excellait  aussi bien dans le  chant  andalou  , le Hawzi  et  Aroubi  ,ainsi  que  dans  le  chant  chaabi  ,  style  dans  lequel  il retrouvait, une  remarquable   ingéniosité .   
Personnalité  artistique   très  attachante , Sid Ahmed  Benalioua   restera  pour Mostaganem  ,  comme  l’un  des  principaux  fondateurs de   l’association  Ibnou  Badja de musique  andalouse , où  musicien-enseignant , il  y formera  depuis  juin  2004  ,  date  de  création  de  la  classe  d’  initiation,  de  nombreuses  pépinières  de  jeunes  musiciens  .   
Sid   Ahmed  Benalioua   est  né  25 avril  1956  à  Mostaganem  mais grandira  et fera  sa  scolarité à  Sougueur  , dans  la  wilaya  de  Tiaret , où sa  famille  s’y  installera  quelques  mois après  sa  naissance. 
Chanteur  et  musicien  émérite  dans  l’association  ibnou  Badja,  Sid Ahmed 
Benalioua   s’investira  pendant  de  longues  années  dans le  premier  palier , réservé  aux  benjamins  de l’ association  , où  son engagement  dans la  formation, fut  aussi  absolu  que  sincère  . Homme  de  terrain  , il  avait  développé  en  tant   que  professeur ,une  remarquable  pédagogie  qu’il mettra  au  service  de ses  jeunes  élèves .  De plus , sa  modestie  et  sa  timidité quasi révérencieuse  ainsi que son  amabilité  et  son  naturel  réservé,  le tenaient  loin  des  projecteurs  et des médias  faiseurs  de  «vedettes ». Ayant une  conception toute  généreuse  de l’ Art  , il se  considérait  plutôt  comme  un simple maillon dans  la  transmission  d’un patrimoine  multi-séculaire  légué par  nos augustes  chioukh. Sa voix  chaude et suave  lui  permettait  d’aborder  plusieurs registres musicaux  avec  une égale  maestria. Et  du  chaabi  au  hawzi   , en  passant  par  le  medh  et  l’ andalou  , le ravissement  était  toujours  là . Ayant  grandi   dans  un  milieu  familial  imprégné  de  musique  Chaabi  , Benalioua  affinera  ses  prestations  et  développera , dans ce genre populaire ,  une touche personnelle  qui  était  très  appréciée  par  de nombreux   amateurs . 
De  son  vivant  , Sid Ahmed  Benalioua  -qui  vouait  une  grande admiration  pour le  chanteur Algérois  Abderrahmane  El  Kobi  - n’a  jamais  été  attiré , ni par  la  facilité  ni par  le  plagiat , procédés devenus  hélas  aujourd’hui , un  « label »  pour certains «imitateurs » en mal  de  notoriété . De  ce  fait , il  pouvait  chanter avec  une déconcertante  aisance  , le répertoire d’ El Aachab  , d’ El  Anka   ou  même d’ El Kobi … sans  laisser  transparaître une  quelconque  obédience . 

Mais  comment  Sid Ahmed  Benalioua  est-il venu  à la musique ? 
Le  jeune  Sid Ahmed   grandira   dans  une  famille de mélomanes .Dans le  salon  de la maison  , trônait  un vieux  piano  qui  attirait  irrésistiblement  le  jeune garçon  et  les airs  de chaabi, que son paternel  écoutait  sur  son pick-up  berceront  sa prime jeunesse . De plus ,la guitare  offerte  par l’oncle  Tahar  au  frère  Mohamed   ,était  toujours à portée  de main .Comment  dès lors  ne  pas succomber  à  tous  ces  « joujoux  musicaux » ? 
Jeune adolescent ,  il  forme à Sougueur  ,  avec l’aide de  ses  frères  et  de  camarades musiciens  , son tout   premier  orchestre  chaabi  . C’était à  la  fin  des années soixante. Quelque  temps  après , une belle  opportunité  va  se  présenter à  notre jeune chanteur  En  effet  ,  le passage à  Sougueur , de  l’émission  «inter-lycées» , va  lui donner  l’ occasion  de  passer  sur la  Radio Nationale  où  bon nombre  d’auditeurs  découvriront  avec ravissement  une voix  agréablement  mélodieuse . Il était  alors  âgé  d’à peine 13  ans. Peu  à  peu  , le chant  des  sirènes  se fait  de  plus en  plus  andalou  et  la  çan’aa  algéroise  qu’il  écoutait  sur  sa  radio  , l’attire  et  l’envoûte .Les  chanteurs  mohamed  Khaznadji   et  Sadek  Bedjaoui   le  subjuguent .Voulant  pénétrer   les arcanes de  la  Nouba  , il  se  tourne  vers  sa  ville  natale  , cité  qui  connaît  depuis  1967 , une  résurgence  de  la musique  andalouse   grâce à l’heureuse initiative  de  Hadj  Bouzidi  Benslimane ( 1912-1990) , un ancien  du  « cercle andalou » du  cheikh Habib Bentria ( 1902-1950 )  .Cette quête  de  la  çan’aa  l’obligera  ainsi à  faire de longs et  fréquents déplacements  vers  Mostaganem où  brillait  la  prestigieuse  association  andalouse de Nadi El  Hillal  Ettakafi  , placée  alors  sous la  houlette  d’un proche  parent , le  Maître Moulay Ahmed  Benkrizi , un ancien sociétaire 
 d’ El-Djazairia-El-Moussilia et élève  du maître  Hadj  Omar  Bensemane  . Pour  notre jeune  de la lointaine  Sougueur , l’ immersion  dans le monde andalou , se  fera   durant  les  années  soixante  dix , juste  après  que Cheikh  Moulay  ne prennes  la direction musicale du  Nadi.  Patiemment, pendant  de  longs  mois,  le jeune  Benalioua  s’abreuvera de musique andalouse. Avec  zèle  et application , il  étoffe  ses connaissances  et  à  chaque  retour  à  Sougueur  ,il  emmène  dans  ses  bagages, des enregistrements qui  l’aideront  à  peaufiner  son  apprentissage . 
L’osmose avec  la  Nouba   s’opérant  d’une façon  harmonieuse  ,  Sid  Ahmed  aura dans  l’idée  de  fonder  une  formation  de  musique  andalouse , projet qu’il  soumettra  à  son  aîné  Mohamed  .Après la création  de la troupe  musico-théâtrale « les Nadoristes » en 1974  , son rêve  se réalisera en 1977  , année  où  il  créera  avec  l’aide  de  ses  frères Mohamed et Mustapha  , la  « troupe musicale  El  Amel » , qui  aura  vite la carrure  d’une  association  , devenant  « Association  El Amel  de  musique  andalouse ». 
La  Nouba  andalouse  venait  d’être  semée à Sougueur  ,daïra  agro-pastorale de  l’arrière  pays  de la  wilaya  de  Tiaret  . 
Au  cours de  cette  même  année  1977,  l’association  signe  à Tlemcen  sa  toute  première  participation  à un festival  . 
De 1978 à  1982  , Sid  Ahmed  prépare  en Hongrie  ,un diplôme  en  électromécanique , délégant de ce fait  la  direction  de l’association à son frère  Mohamed . 
Et  d’année en  année  et de  festivals  en  festivals,  aussi bien  à Tlemcen , à  Alger,  Blida  ou Constantine , la  jeune  association ira se bonifier  au contact d’ensembles  chevronnés ,ce qui lui  permettra  de  relever  ses  prestations et  de  nourrir  l’espoir  d’intégrer un jour , le  gotha  de la  çan’âa . Et le travail  paiera  puisque à  Alger  , au  cours d’un  festival  , ses  performances  lui  vaudront  de  recevoir  les  félicitations  de  Sadek El Bidjaoui  et  celles  de Ahmed  Serri  , qui  depuis  Constantine ,  saluera la  gageure   des fondateurs d’ « El Amel », d’avoir  pu implanter  la çan’âa  dans une  contrée  pastorale  que rien ne  prédisposait  à la musique  andalouse .   Le vent  en  poupe  ,  l’orchestre  sera  sollicité  par   la  RTA  pour  des  enregistrements , ce  qui  lui  permettra  de  toucher  ainsi  un   large  public . 

De Sougueur  à  Mostaganem   et  du  Chaabi  à  la  Nouba 
Vers  la  fin  des  années  quatre-vingt, Sid Ahmed  Benalioua   est  affecté  à 
 l’ Oravio (office régional avicole de l’ouest) d’Ain Nouissy  , dans  la  wilaya  de  Mostaganem . La tête  foisonnant  de projets  et n’écoutant que sa  passion,  Sid Ahmed  se lancera  un palpitant  challenge , celui  de créer  un  orchestre , prélude  à un rêve  andalou qu’il gardera  dans  ses  tréfonds .Après  bien  des  appréhensions,  l’aventure  se met  en  branle  et connaîtra  ses  prémices  en ce  mois de mai 1999 , quand  Sid Ahmed  soumettra   son idée  à   Khlifa Mohamed , un  ancien musicien  du  Nadi . L’idée  reçoit  l’assentiment  enthousiaste  de  Fayçal  Benkrizi  , un  autre ancien du  Nadi  et  fils cadet  du maître Hadj  Moulay. L’idée  prend peu à peu  corps , et  en   2001 , suite à  une  assemblée  élective  , sera  créée  l’Association  « Djemaiet  Hadj  El Bouzidi  Benslimane » , qui  fera  malheureusement  long  feu, en  raison  de  certaines  considérations exogènes  qui annihileront  le projet. 
Mais  qu’à  cela  ne  tienne ,  ce contretemps  n’affectera  pas pour  autant  la dynamique  enclenchée , puisque  le 24 février  2002  , suite à  une  nouvelle  assemblée  constitutive , naîtra  l’association «  Ibnou  Badja »  de  musique  andalouse  , qui  élira   domicile  , après  bien  des  péripéties   ,à  la  toute nouvelle   maison  de  la culture  de Mostaganem  , dirigée  alors par Mostefa  Abderrahmane. Sid Ahmed  Benalioua sera  le premier président  de  la jeune  association. 
Depuis   cette date , le défunt   investira  et  jusqu’à  sa  maladie , une  abnégation  peu  commune et  une  remarquable ardeur,  qu’il  servira  avec  un  talent rare  et une  admirable  générosité   . 
Que  dire d’autre du  regretté  disparu , sinon que  sa  culture  musicale  s’étendait  vers  d’autres  rivages  ,essentiellement  vers  la musique classique universelle  et le jazz. Entre son travail  ,l’enseignement  et  les  répétitions  ,il trouvait  le  temps de bichonner  sa jardinière  , à décorer  ses  pots , à planter  des  graines …Et  en cela  ,sa candeur  était  profondément  humaine , et sa main verte était aussi  généreuse que son cœur . 
Chanteur racé  et  musicien  virtuose ,  Sid Ahmed  Benalioua   laissera  un souvenir  impérissable,  aussi  bien  dans  son  association  que parmi  les  nombreux  mélomanes  mostaganémois , qui  regrettent  déjà  sa  voix  chaude et mélodieuse  , mais  aussi  son  humilité  ,  sa bonhomie  et  son perpétuel  sourire  qui  rayonnait  à  tout  bout  de  champ. 
Le  regretté  artiste  était  père de  trois  enfants ,  et  tous  ont  été  musiciens  dans  l’association ibnou Badja . 
Quant  à  ses  anciens  élèves  qui  font  présentement   le  bonheur du  grand  orchestre  d’ Ibnou Badja , chaque  note  égrenée  et chaque  frottement d’archet ,  leur  rappellera  un  professeur  attentionné  et o combien  patient , qu’il leur  aura  permis  , à l’instar  d’un père  prévenant  , de faire  les  tous  premiers  pas  dans  le  monde féerique  de  la  musique  andalouse , grâce à des  cours qui  étaient  des  moments  de  pur  délice  où  la  note  avait  un  gout  de  praline . 
Merci  cheikh pour  tout ce  que  tu  as  fait  pour  la  musique ; pour  tout  ce  que  tu as  donné  à  tes  élèves  .Merci  pour  ta  générosité  , ta  gentillesse , ta simplicité , et  pour ta  merveilleuse  sollicitude .Merci  pour  nous  avoir  offert  ces moments  de pur bonheur qui  chantent  encore  en  nous . 
Les jours et les années  passeront, mais  ton  souvenir  grandiose, luira  éternellement dans  nos cœurs. 
Dieu  t’agrée  en  son Vaste  Paradis. 
Adieu  l’Artiste ! 

 

Dr Mahfoud Bentriki

11/09/2019

Célébration du Mawled Ennabaoui Echarif : dans la spiritualité et non pas à coup de pétards !


Fête religieuse qui, rappelons-le, a été instituée au 21ème siècle en Egypte ; certains pourtant la considère comme une innovation « bidâa » ; elle reste, cependant, célébrée par la plupart des pays musulmans dans le recueillement et la récitation du coran, faut-il le dire.

Chez nous, c'est dans le brouhaha et le lancement de pétards qu'on fête, plusieurs jours à l'avance, le Mawlid Ennabaoui ! Avec tout ce que cela impacte sur les personnes et les biens. Chaque année, ce ne sont pas moins de 6000 personnes, en majorité des enfants, qui sont transférées aux urgences des hôpitaux. 

Le professeur Khiati et beaucoup d'autres intellectuels sensibilisés sur les risques découlant de l'utilisation des pétards et autres jeux pyrotechniques, en principe interdits d'entrée sur le territoire nationale, n'ont eu de cesse d'interpeller les autorités compétentes à l'effet de prendre toutes les mesures de sauvegarde de la population et de ses biens. En vain !

Craignant le pire en cette fin d'année 2019, les mêmes lanceurs d'alerte ont déploré la « mise sur le marché » de produits de plus en plus dangereux dont les consonances et les dénominations donnent froid dans le dos : « Daesh », « el bouq », « chitana », « pirate », « double bombe », « ezzarbout » et aussi « la tueuse » sont des appellations déposées en Algérie !

Outre leur dangerosité sur les personnes, ces pétards et autres feux d'artifice peuvent causer d'énormes dégâts sur les habitations. L'année passée, des stocks gigantesques ont été découverts dans un local de la basse Casbah d'Alger, grâce à la police qui agissait suite à un appel d'un citoyen, mû certainement par son sens civique. 

On n'ose pas imaginer le contour du désastre si de tels stocks venaient à s'enflammer et à éclater en pleine concentration urbaine, comme cela s'est produit en Chine, par exemple, où une ville entière a sauté, ce qui a causé la mort de milliers d'individus. Rien que pour éteindre l'incendie, des centaines et des centaines de pompiers et leur matériel ont été mobilisés. Les dégâts ont été tout de même inchiffrables !

Les risques sur la santé publique causés par les pétards, tout le monde les connait, même si certains s'interrogent sur la composition chimique des produits, rappelons-le introduits frauduleusement, allant jusqu'à parler de virus et autres microbes « fourrés » sciemment dans les fumigènes par exemple, dans une volonté de nuire au pays.

Comme on le voit, il y a matière à inquiétude et des experts en sécurité publique viennent à leur tour, de tirer la sonnette d'alarme pour demander aux autorités d'agir et vite, en ce moment où le terrorisme est aux aguets ; il pourrait profiter, disent-ils, de l'ambiance explosive créée par les fêtards du Mawlid Ennabaoui pour frapper !

En effet, les hommes les plus rompus au maniement des armes disent que le crépitement des balles d'une kalachnikov est difficilement discernable de celui émis par l'explosion d'un pétard, « el bouq », en l'occurrence !

Tout est dit, écrivait quelqu'un, Daesh est aux aguets pour frapper et la fête du Mawled pourrait lui fournir l'occasion. D'ailleurs c'est connu, les terroristes ont toujours attaqué lors des fêtes et des commémorations symboliques. C'est au deuxième jour de l'Aïd El Fitr, par exemple, que des soldats ont été attaqués dans la wilaya d'Ain Defla.

Outre ces scénarios terroristes, il y a aussi la petite délinquance qui profite des pétards pour faire diversion, et partant, commettre ses méfaits ; ainsi, il n'est pas rare d'entendre de fortes explosions à des heures tardives de la nuit, leurs auteurs, affirment les spécialistes de la criminalité, y recourent pour couvrir le bruit des casses de magasins et des voitures ou des rideaux qu'ils éventrent !

Bien sûr les forces de sécurité veillent au grain ; il n'empêche qu'on reste incrédules devant l'énormité des stocks explosifs qui sont exposés et écoulés partout dans le pays.

Mais, dans ce climat des plus anxiogènes, il existe paradoxalement des compatriotes qui se frottent les mains à l'idée des fortunes qu'ils vont amasser en perspective de la commémoration du Mawled Ennabaoui Echarif que l'on va fêter ce week-end.

Les marchandises exposées par des « gros bras » atteignent jusqu'à 300 à 600 millions de centimes. Et ce n'est que la partie la plus visible de l'iceberg !

On parle aussi de 10 à 15 barons des pétards et autres jeux pyrotechniques ! Les vendeurs et les petites mains se comptent par milliers, ce qui a fait dire à Tahar Boulenouar, le SG de l'Union des Artisans et Commerçants Algériens « qu'il faut libérer cette activité de commerce des pétards au regard du manque à gagner de l'Etat ; les vendeurs, dit-il, brassent environ 300 % de bénéfices nets, alors que les importateurs se targuent de réaliser quelques 10 milliards de dinars voire plus dans cette activité ». Une vraie martingale !

Le gouvernement, bien sûr, ne l'entend pas de cette oreille. Il envisage, d'ailleurs, de sanctionner sévèrement les contrevenants à l'interdiction d'importation des produits pyrotechniques et il a eu à le rappeler à l'occasion de l'établissement des lois de finance passées qui ont proposé de durcir les sanctions qui peuvent aller jusqu'à 5 ans d'emprisonnement pour les contrevenants.

Rappelons que l'importation de tels produits est punie aussi d'une amende égale à deux fois la valeur des marchandises confisquées et d'une peine d'emprisonnement de 6 mois à 5 ans, selon l'article 33 de ladite loi de finance.

Il faut rappeler aussi que l'importation des articles pour feux d'artifices, fusées de signalisation ou paragrêles et similaires, pétards et autres articles de pyrotechnie est passible des mêmes sanctions que l'importation des armes, munitions et explosifs.

L'activité consistant à vendre les pétards et autres produits pyrotechniques n'étant ni reconnue ni recensée par l'administration du Centre National du Registre du Commerce à en croire son directeur général, les plus sceptiques et autres anxiogènes parmi nous peuvent se tranquilliser dès lors, qu'en cas de dépassement, force restera à la loi !

Que reste-il alors aux pouvoirs publics, sinon d'intervenir et non pas se contenter, comme au ministère de la santé, de rendre public un communiqué pour dire que « l'usage des pétards représente un danger réel, que ce sont les enfants qui s'y adonnent et que les aînés doivent faire attention aux plus jeunes » !

11/06/2019

L’émigration dans la révolution algérienne» aux éditions Chihab : Le devoir de témoigner de Djillali Leghima


Dans son livre « L’émigration dans la révolution algérienne, parcours et témoignages », Djillali Leghima revient sur son parcours de militant et son engagement dans les différentes structures du mouvement national de la fin des années 1940 jusqu’à l’indépendance de l’Algérie. 

Paru aux éditions Chihab à l’occasion du 24e Salon international du livre d’Alger (Sila), cet ouvrage de 226 pages a été écrit par « devoir de témoigner et de transmettre », devant guider chaque acteur de cette période soucieux de « participer à l’écriture de l’histoire de la révolution algérienne qui n’est pas achevée », justifie l’auteur. 
Né en 1931, Djillali Leghima remonte aux premières années de son enfance dans le village de Souamaâ en Kabylie. Il revient sur sa scolarité, les conditions de vie très difficiles des Algériens pendant la seconde guerre mondiale ainsi que sur ses premiers contacts avec des militants du Mtld (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) en 1947, l’année de la tournée de Messali Hadj dans la région.
Immigré en France en 1951, l’auteur passera onze ans dans ce pays où il se retrouvera ouvrier, affilié à la Confédération générale du travail (Cgt, syndicat). 

De ces années de dur labeur, il dressera, d’abord, un tableau des conditions de vie et de travail des Algériens en France. 
Sur l’engagement politique des émigrés, l’auteur s’arrête sur un épisode douloureux pour évoquer le massacre du 14 juillet 1953: six manifestants parmi les travailleurs algériens qui arboraient le drapeau algérien et scandaient des slogans hostiles au colonialisme, trouvèrent la mort en ce jour censé célébrer la libération de la France du nazisme.
Après être longuement revenu sur la crise du Mtld à l’été 1954, Djillali Leghima fait état de deux tentatives de rapprochement, en juillet 1954, entre le Fln et Messali Hadj, à l’initiative de Mohamed Boudiaf et Mustapha Ben Boulaid (deux membres du Groupe de 22), ainsi que de Abbane Ramdane au printemps 1955. 


Ces intiatives essuieront un refus catégorique de Messali qui «n’avait pas confiance en ces jeunes, pourtant messalistes et militants du Ppa/Mtld», souligne l’auteur. 

Outre les rivalités et violences entre le Fln et le Mna (Mouvement national algérien), l’ouvrage évoque la logistique mise en place pour organiser la fédération de France du Fln ainsi que la collecte, la sécurisation et l’acheminement de l’argent provenant des cotisations des travailleurs algériens en France en guise de participation à l’effort de guerre. 
Djillali Leghima rapporte également le bilan «déplorable» des affrontements entre les militants des deux organisations qui auront fait «4500 morts et environs 900 blessés», selon les chiffres qu’il avance. 


Un compte rendu détaillé des actions de l’Organisation spécial du Fln (Os), chargé d’ouvrir un nouveau front de la guerre sur le sol français fait aussi état d’une centaine d’opérations de sabotage et d’attaques armées, menées entre le 25 août et le 30 septembre 1958. 
L’auteur n’omet pas d’évoquer le soutien «précieux» apporté à la cause algérienne par des Français appartenant généralement au «monde médiatique et intellectuel, et qui rassemble chrétiens de gauche, communistes, trotskistes et syndicalistes». 

L’arrestation en février 1960, puis le procès d’une vingtaine de membres de ce réseau, provoquera la publication de «droit à l’insoumission», un manifeste signé par 121 intellectuels parmi les noms les plus prestigieux de l’élite intellectuelle française. Autre détail d’importance, l’ouvrage situe le nombre de militants à 150 000 hommes et femmes structurés au sein de la fédération de France du Fln. 

En plus d’avoir fourni un «apport financier appréciable» et constitué une véritable force de frappe, la wilaya VII, appelée communément Fédération du Fln, devait payer un lourd tribut à la révolution avec plus de 3000 morts et quelque 30.000 militants jetés dans les prisons et autres centres d’internement. 
(APS)

Contributrice à l’ouvrage collectif « La révolution du sourire » : Quand Hedia Bensalhi aborde la « réalité par le symbole »


Ecrivaine et intellectuelle, Hédia Bensahli, notamment connue du grand public pour son roman intitulé « Orages », un texte distingué en janvier dernier par le « prix Yamina-Mechakra », était présente au premier jour du Sila 2019 pour une vente-dédicaces organisée au stand des éditions Frantz-Fanon. L’occasion, entre deux signatures, d’échanger avec un public très présent tout au long de la journée, sur la dernière contribution de l’écrivaine à l’ouvrage collectif « La révolution du sourire ».
Figurant parmi les textes les plus attendus et les plus commentés sur le «Hirak», mouvement de contestation populaire, sous la forme de la fiction, cet ouvrage, publié à l’initiative du directeur des éditions Frantz-Fanon, Amar Ingrachen, réunit les contributions de dix auteurs et écrivains et a été axé sur une vision «brute » des premiers jours de la contestation populaire. 
La romancière Hédia Bensahli souligne à cet égard avoir été contactée par l’éditeur, lui demandant de mettre par écrit une vision romanesque, une fiction, inspirée par le « réveil » de tout un peuple. «C’est l’éditeur qui m’avait proposé de contribuer à l’ouvrage, l’objectif étant que des écrivains partagent leurs premières impressions sur la situation. Pour ma part, j’ai été contactée au tout début des manifestations, dès le mois de février», nous précise l’écrivaine, ajoutant qu’elle avait « hésité » avant de donner son accord. Elle explique à propos de son hésitation : « Au départ, j’ai hésité à collaborer à l’ouvrage car je n’avais qu’une semaine pour remettre le texte, et j’ai estimé que c’était trop peu. Puis je me suis finalement décidée. 
L’inspiration est venue d’un seul coup, j’ai écrit en une matinée. Toute l’idée de mon texte est de partager trois «cris» qui arrivèrent malheureusement trop tard.» En ce sens, la « fiction tragique » que propose Hédia Bensahli aborde le sort de trois personnages. Tout d’abord, celui d’une femme que la justice « a broyée» et qui se retrouve à la rue et qui y meurt «et c’est le jour où son âme s’élève au ciel qu’elle perçoit les cris des manifestants qui scandent système dégage». 
A travers le second personnage, c’est la situation catastrophique des hôpitaux qui est abordée « où les gens souffrent et meurent, où les médecins, même ceux de bonne volonté, sont démunis» et, enfin, la situation qui a certainement été un déclencheur de tout le mouvement, celle des harraga, à travers l’histoire d’un jeune «qui se noie» le jour où tout commence. 
La romancière nous explique que « ce sont trois histoires tragiques, trois histoires qui ne doivent plus se produire». «En écrivant je me disais ‘plus jamais ça’», ajoute l’écrivaine. 
Quant au choix de la fiction à la place de l’essai, c’est aussi la volonté de l’éditeur pour une vision «brute» d’une situation sociale et politique encore à ses premiers jours. Hédia Bensahli explique que « l’imaginaire dans une situation telle que celle de l’Algérie s’apparente à un regard différent, plus global, sur la réalité ». 
Elle ajoute qu’« on est forcément imprégné par la réalité. Mais la fiction reste également essentielle, elle est ‘l’art’ d’aborder une situation par le symbole». 
Quant aux projets de l’écrivaine, elle nous confie sans donner néanmoins trop de détails qu’elle travaille à l’écriture d’un nouveau roman, un texte qui apparaît également inspiré de la situation actuelle. « Je suis sur le projet d’un livre qui parlera des Algériens. 
Ce n’est pas politique, mais la société algérienne et ses souffrances seront présentes en filigrane. »

11/05/2019

Mahdi Boukhalfa, auteur d’un livre témoin sur le Mouvement : «Retranscrire, pour l’histoire, les premiers grands moments du Hirak»


Témoin privilégié de l’actualité nationale par son métier de journaliste, Mahdi Boukhalfa vient de publier aux éditions Chihab un nouvel ouvrage intitulé «la Révolution du 22 février. 
De la Contestation à la Chute des Bouteflika», où il relate avec minutie les différentes séquences qui ont marqué la scène sociopolitique algérienne depuis le déclenchement du mouvement de contestation populaire, ce fameux vendredi du 22 février 2018, jusqu’au départ de l’ex-président déchu le 5 avril. Dans cet entretien, Mahdi Boukhalfa revient sur le déclic qui l’a amené à l’écriture de cet ouvrage, ainsi que sa perception des bouleversements qui marquent l’Algérie depuis maintenant huit mois. 
L’auteur présentera son ouvrage au niveau du stand des éditions Chihab à l’occasion d’une vente-dédicaces qui sera organisée le 31 octobre prochain au Salon international du livre d’Alger (Sila).
Reporters : Tout d’abord, comment vous est venue l’idée d’écrire un ouvrage dédié à la révolution du 22 février en Algérie ?
Mahdi Boukhalfa :
 Au plus près du mouvement populaire, dans les premiers intenses moments, où les Algériens se sont surpris à briser l’interdiction de manifester et revendiquer avec le sourire un changement politique radical et barrant la route à un 5e mandat que briguait le clan du président Bouteflika, il m’a paru important et évident, en tant que journaliste d’agence, je suis issu de l’agence APS, et alors que j’étais à TSA, de suivre ce mouvement. Et, surtout, de retranscrire, pour l’histoire, les premiers grands moments du Hirak. J’avais été pris par une terrible envie de témoigner, alors que je faisais la couverture des premiers meetings à la place Maurice-Audin, à la faculté centrale et à la Grande-Poste, de rapporter minutieusement ces moments exaltants. Ceux de la naissance d’un mouvement populaire qui prélude d’une autre Algérie, belle et jeune. Et donc, j’ai tout simplement saisi l’importance des événements, l’impact extraordinaire de ces moments portés par ces millions d’Algériens toutes générations confondues, pour les matérialiser dans un livre-essai ou témoignage.  

Votre ouvrage s’intitule «la Révolution du 22 février. De la Contestation à la chute des Bouteflika», est-ce que cela signifie que la principale thématique de votre ouvrage est surtout axée sur le processus qui a mené à la chute de Bouteflika, ou bien allez-vous au-delà de cette phase historique ?L’essai traite des premiers moments du Hirak, les manifestations populaires hebdomadaires, les slogans des manifestants dans une belle harmonie sociale, avec ses marches bien organisées, conviviales, familiales. Mais, surtout, les manigances du clan Bouteflika pour faire passer une candidature, qui a pris tous les aspects d’une ignoble forfaiture politique, adossée à un certificat de santé trafiqué. Et, surtout, la grande supercherie de cette présidentielle, avec l’annulation des fonds alloués à cette échéance, à la veille du départ de Bouteflika à Genève, soit le samedi. L’essai délimite dans le temps mon intervention, soit tous les événements, déclarations de responsables de partis, d’ONG, vécus et enregistrés entre le 22 février et le vendredi 5 avril, soit entre le premier et le cinquième vendredi». Avec un ordonnancement des interventions jusqu’à la démission de Bouteflika dans la soirée du 2 avril. Il y a également les tonitruants retournements de veste, notamment ceux du FLN et du RND, la montée au front de Gaïd Salah, lorsqu’il a senti qu’un coup d’Etat se préparait, les déclarations de Zeroual après la rencontre entre Toufik, Saïd Bouteflika et Louisa Hanoune…

Vous êtes sociologue de formation et vous avez une longue expérience de journaliste. Qu’elle approche avez-vous privilégié dans la rédaction de votre ouvrage ? Une approche sociologique ou journalistique ?Il est présomptueux de tenter une approche sociologique au sens que lui donnait Raymond Boudon, c’est-à-dire une analyse conceptuelle basée sur des variables aléatoires ou réelles du Hirak. Cette approche nécessite beaucoup plus de temps et de travail, notamment des enquêtes qui privilégient une analyse causale et pas factorielle pour aller au fond des choses. Non, mon travail a été celui d’un journaliste, de relever chaque jour les faits politiques, sociaux, économiques marquants et en faire un matériau historique, une histoire factuelle la plus proche possible sur les événements qui se déroulaient très vite sous nos yeux, chaque vendredi, chaque mardi, entre la «protesta» estudiantine, les «vendredire» populaires et le décor politique ambiant avec les interventions de politiques, de responsables d’ONG, de ministres, mais également les interventions étrangères, dont celles du président français et de son chef de la diplomatie sur «les événements» qui se déroulaient en Algérie. 

D’un point de vue personnel, comment avez-vous réagi durant la journée du 22 février et quels sont vos sentiments ou appréciations sur l’état des lieux, en Algérie, après huit mois de contestation ?Notre métier nous oblige à être lucides. Dans le feu des événements, à l’instar du 22 février, on n’a pas le temps de penser, même si on est ébloui par l’étincelle salvatrice d’un proche renouveau politique, car on est submergés par tant d’informations, de faits, de positions et de comportements politiques que cela nous empêche de faire une halte, un temps d’arrêt pour la réflexion, mais de rapporter le plus rapidement et le plus fidèlement ce qui se passe dans la rue pour rester collés à l’actualité. Après, il est vrai que l’on peut être submergé par des sentiments de désespoir, après huit mois ininterrompus de belles et soutenues manifestations populaires pour qu’une seconde indépendance du pays puisse qu’elle soit effective, le plus tôt possible, sans être altérée par des récupérations politiques à la durée temporelle limitée, sans lendemains sociologiques, politiques.

En tant que fin observateur de la scène sociopolitique, quels sont vos pronostics sur la continuité du mouvement et des présidentielles annoncées pour le 12 décembre prochain, dans un contexte où la répression des manifestants et des militants est de plus en plus féroce et les marches populaires de plus en plus renforcées ?A l’heure actuelle, un fait est certain, la protesta citoyenne, la silmya, ne va pas s’arrêter tant que le pouvoir ne présente pas de réponses concrètes aux revendications populaires et accepte de tourner vraiment, et de manière sincère et responsable, la page. En un mot, de partir et d’ouvrir la voie à une phase de transition durant laquelle l’Algérie de demain, l’Algérie de tous les Algériens pour tous les Algériens, entrera en phase active de reconstruction. Avec ce bel optimisme contagieux, qui a toujours caractérisé les manifestations populaires revendiquant un changement politique radical dans le pays.