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2/15/2020

8 CHOSES À VOIR ET À FAIRE À SÉTIF

Au rang des wilayas au potentiel touristique certain, Sétif occupe une place privilégiée. Ses environnements urbains propres et spacieux ainsi que son climat sec font d’elle une destination qu’on ne se contente pas de visiter le temps d’un weekend.
Tirant son nom du mot berbère Zdif signifiant « terres fertiles », la ville plurimillénaire présente un large panel de monuments et de vestiges de temps immémoriaux à arpenter. Aujourd’hui cœur battant de l’industrie nationale, le touriste sera surpris d’y trouver une vie citadine active et une offre abondante en activités et restaurants.
La sélection Viny des 10 lieux à voir et des activités à faire à Sétif :
1- Visiter (au moins une fois dans sa vie) Djemila : Le site abrite les vestiges d’une cité antique constituant un des plus beaux beaux ensembles de ruines romaines du monde. Classé patrimoine mondial par l’Unesco, ce joyau architectural est un passage obligé de la wilaya de Sétif.
Les somptueux colonnades et arcs de triomphes y relient les amphithéâtres, les temples et les marchés d’un autre temps dans un entrelacement enchanteur. Nous recommandons, en outre, le passage par le musée jouxtant le site.
2- Présenter ses hommages à la dame d’Aïn Fouara : La fontaine centenaire avait soulevé beaucoup d’émotions dans tout le pays suite aux actes de vandalisme dont elle a été victime. La statue qui l’ornemente figurait parmi la collection des chefs-d’œuvre du Louvre avant de devenir un emblème aimé des Sétifiens.
Plus qu’un symbole local, la dame d’Aïn Fouara constitue aujourd’hui un rempart de tolérance face aux assauts de l’obscurantisme.
3- Prier dans la mosquée El Atiq : L’édifice représente le plus ancien lieu de culte musulman de la région. À sa dimension religieuse se joint une symbolique très forte liée à l’insoumission des Sétifiens face aux colons. Devant le refus de ces derniers de construire un lieu de prière pour les indigènes musulmans, une collecte dons avait été organisée en 1845.
De cet élan de solidarité et d’engagement collectif a vu le jour une superbe bâtisse au style ottoman qui fait depuis la fierté de la ville.

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4- Piquer une tête dans le bains de Hammam Guergour : Située à haute altitude, la station thermale est réputée pour ses sources d’eaux naturelles à plus de 40°C. La température de ses bains romains et le cadre montagneux à couper le souffle en font une destination prisée des curistes.
5- Faire le plein d’air frais au mont Megres : Cet autre lieu de rendez-vous des amoureux de sorties en plein air culmine à 1.720m à seulement quelques minutes de route de la ville. Les randonneurs se détendent sur ses hauteurs et profitent du calme et de la vue majestueux qu’offrent le site.
6- Voyager dans le temps dans le Musée d’archéologie : Ville historique oblige, les collections du premier musée algérien construit après l’indépendance sont d’une richesse rare. Un parcours à travers les âges est ainsi proposé, de la Préhistoire au moyen-âge, de la mosaïque romaine aux pièces de monnaie almohades. On ne sait où donner de la tête !
7- Flâner dans les jardins Émir Abdelkader et Raffaoui : Le jardin Émir Abdelkader est un véritable musée à ciel ouvert. Il dispose de près de 200 stèles comportant des inscriptions latines et des chapiteaux datant du 19e siècle.
Le jardin Raffaoui, quant à lui, conserve des vestiges de bains romains, ainsi qu’un splendide château d’eau remontant à l’époque de l’antique Sitifis.
8- Passer du bon temps au Park Mall : Plus qu’un centre commercial, c’est d’un véritable complexe de loisirs dont la capitale des Hauts Plateaux dispose. Bowling,Laser game, patinoire et divers manèges tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, de quoi ravir les enfants de tous les âges. Les commerces y sont par ailleurs bien achalandées et l’on ne s’y marche pas sur les pieds.
BONUS- Les restaurants de cuisine du monde : L’intensité économique de Sétif a favorisé l’ouverture de plusieurs enseignes proposant des menus d’origine internationale. Le restaurant syrien, La Citadelle, fait partie de ces restaurants qui ne désemplissent pas. Citons en outre pêle-mêle Asiatico, Broaster Chicken, Frenchy Tacos, Mi Gusto et Tex Mex.

TIARET : LE HAÏK À L’HONNEUR






Le Haïk sera à l’honneur à Tiaret le 15 Mars prochain. En effet, l’accoutrement traditionnel sera mis en avant lors d’un concours qui obéira pour cette année à des conditions bien particulières.
En effet, de retour pour une nouvelle édition, cette journée exigera pour son concours cette année un Haïk et un couffin totalement personnalisés. Il ne s’agira donc plus du blanc traditionnel, mais d’un Haïk unique dont l’esthétique sera choisie par vous.
Peu importe le mode de personnalisation, broderie, textile, boutons ou techniques mixtes, toutes les créativités seront acceptées et mises en avant.

2/11/2020

Mohamed Seddik Benyahia, le Talleyrand algérien

Il se distingua par un système de pensée unique, avec des propos empreints d'un réalisme culturel complet, qui emprunte aux idées modernes leur substance fertile et à la force de la culture traditionnelle l'authenticité du pays réel. 

En somme, opter pour la modernité et rester intimement attaché à la culture millénaire du pays. On oublie souvent que Mohamed Seddik Benyahia fut un fervent disciple de Ferhat Abbas, l'homme du bon sens, l'incompris, le père et adepte du concept fondateur de l'Algérie de demain : l'Algérie algérienne. Une Algérie unie et fraternelle capable de naître en se régénérant de ses propres cendres. 

Le 12 juillet 1973, au plus fort de sa maturité politique, Mohamed Seddik Benyahia lança, du haut de sa tribune, aux côtés d'un président de la République conquis par la subtilité suprême de la pensée, insolite et supérieure du personnage, avec un sens aigu de la formule, aux étudiants qui étaient venus l'écouter : «Votre présence prouve que vous refusez l'université bourgeoise, l'université citadelle, que vous rejetez l'extraterritorialité culturelle pour rentrer dans le pays réel». La nuance aux références culturelles du pays n'était pas fortuite. Elle évoquait, avec un soupçon d'une pique, forgée dans l'élégance d'une pensée étoffée dans la subtilité de l'éloquence, la critique du mauvais virage dans lequel fut engouffré le pays. Boumediene n'eut rien vu venir, mais fut alerté par de légères explications de Jean Leca (Politologue français) et Jean-Claude Vatin (Politologue et chercheur au CNRS). 

Ils trouvèrent dans cette position un mixage des termes marxistes (Université bourgeoise), nationalistes (Extraterritorialité), voire franchement aux mœurs et coutumes de la culture traditionnelle (Le pays réel). On aurait pu éviter d'aller chercher très loin des explications farfelues, avec des termes savants faisant références aux marxismes et on ne sait quoi encore. Le ministre se trouva, ce jour, devant un public acquis à sa cause. Il voulut, tout simplement, livrer un message qui lui tenait à cœur : asseoir la véritable personnalité de l'Algérie dans la continuité ancestrale d'une culture berbère millénaire. En somme, se ressourcer de notre riche et vieux patrimoine. En langage naturel qui enrobe la conscience, utilisé par les formulations de Ferhat Abbas, cela voulait dire : l'Algérie algérienne. Formule qui avait inspiré Abane Ramdane et Didouche Mourad avant lui. 

Né le 30 janvier 1932 à Jijel. Disparaît tragiquement, le 3 mai 1982, dans l'explosion d'un avion spécial en route vers Téhéran. Mohamed Seddik Benyahia, issu d'une famille aisée citadine de Jijel, avait suivi une scolarité assidue qui le conduit du collège de Sétif, où il passera quatre ans, au lycée Bugeaud (l'actuel Emir-Abdelkader) à Alger. Il fut remarqué par ses capacités intellectuelles naissantes et, déjà, le sens aiguisé de la formule. Ses maîtres revenaient souvent sur ses qualités, dans ses bulletins, avec l'appréciation : sujet remarquable. Il lisait beaucoup et fut fasciné par Jacques Prévert. Il connaissait par cœur les poèmes de ce dernier. Mohamed Seddik Benyahia, fréquenta l'université d'Alger pour suivre des études de droit. Il obtint son diplôme d'avocat et s'inscrit en 1953 au barreau d'Alger. En 1951, il venait d'avoir dix-neuf ans à peine, le jeune homme adhéra au parti MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques). 

Il assura la défense de Rabah Bitat, écroué dans la prison de Barberousse et profita pour tisser des relations cordiales avec Abane Ramdane. Il quitta le MTLD, lors du conflit entre les Messalistes et les centralistes, qui acta de la rupture définitive au sein du MTLD. Tout en maintenant un contact permanent avec les militants du parti. Le harcèlement de la police coloniale le poussa à rejoindre le FLN à l'extérieur du pays. Il fonda l'UGEMA (Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens) avec son ami Lamine Khane (De Collo wilaya de Skikda) et Ahmed Taleb Ibrahimi. Et fut parmi les initiateurs de la grève du 19 mai 1956 des étudiants, qui rejoignirent en masse les rangs du FLN et de l'ALN. 

En août 1956 il sera désigné, au congrès de la Soummam, membre suppléant du CNRA (Conseil National de la Révolution Algérienne). Mohamed Seddik Benyahia fut affiché comme un partisan dévoué à Abane Ramdane en cautionnant la totalité des conclusions du congrès de la Soummam. 

En 1960, il sera nommé au poste de directeur du cabinet du président Ferhat Abbas, lui-même soutien de Abane, lors du 2e GPRA. 

Après qu'il eût représenté l'Algérie à la conférence des étudiants afro-asiatiques à Bandoeng, Benyahia deviendra le représentant permanent de l'Algérie en Asie du Sud-Est avec la compagnie étroite de Lakhdar Brahimi. 

Cet homme de conviction, faisait doucement son petit chemin, en dépit d'une santé chancelante. Il fit partie de la délégation algérienne aux pourparlers de Melun en 1961 et s'imposa par son charisme, comme un élément vital, dans la commission des négociateurs des accords d'Evian. Il visita, au nom du CNRA, les pensionnaires d'Aulnay, muni d'un passeport tunisien. Il était, en outre, accompagné par Abdelaziz Bouteflika, l'œil de l'EMG, muni d'un passeport marocain. Le complot EMG avec la complicité indue de Ben Bella était, déjà, en sourdine sur les rails. 

Mohamed Seddik Benyahia vit, de près, le bras de fer entre Abane Ramdane et l'EMG (Etat-major de Guerre). Certains disent le complot ou le coup d'Etat des colonels. Le CNRA composé de neuf membres dont les cinq détenus de la Santé en France. Les autres membres furent tous hostiles à Abane : Krim Belkacem, Boussouf, Ouamrane et Bentobbal. L'EMG soupçonnait Abane d'être l'instigateur principal de la primauté du politique sur le militaire et manigançait pour les écarter des grandes décisions politiques de la révolution et du futur Etat en gestation. 

Si Mohamed Benyahia avait observé de près les manœuvres des militaires ; il n'avait rien dit. Ferhat Abbas savait que ces gens ne connaissaient que le langage des armes et, impuissant, il laissa faire. Le jeune Benyahia âgé de vingt-huit ans, prit exemple sur son mentor. 

L'homme aura marqué ceux qui l'ont connu par sa modestie, sa discrétion, sa modération et la justesse innée, comme un don du ciel, de ses critiques. Son érudition impressionnait par le verbe et l'étendue de sa sagacité intellectuelle. 

«Le petit Benyahia», comme aimaient à l'appeler ses compagnons, en raison de sa petite taille, une frêle corpulence et une santé fragile. Il s'imposa par des compétences avérées à la délégation des négociations d'Evian, sans que personne ne trouva rien à redire ni rechigner sur l'évidence de sa présence. 

Albert Paul Lentin, qui a suivi de près les négociations d'Evian, le décrit ainsi : «Ce jeune renard aux traits aigus et à l'œil futé se distingue non seulement par une astucieuse subtilité, mais par une volonté de fer. Efficace et avisé, il va de l'avant, en dépit de sa santé chancelante et il se fraie son chemin coûte que coûte, à force de prudente ténacité et de dynamisme contrôlé». Boumediene et son clan se méfièrent de son alignement sur les positions du GPRA, mais utilisèrent ses compétences et son intelligence hors du commun. Boumediene, prudent et fasciné par le génie du personnage, parlait de lui en privé en le traitant de Talleyrand algérien. Parait-il, une expression empruntée à Ben Bella qui aimait donner des étiquettes, généralement pour dénigrer. 

La peur de l'intelligence et le mépris des diplômés, par les nouveaux maîtres d'Algérie, les fossoyeurs de la révolution, l'écartèrent volontairement de l'assemblée constituante. Cette méfiance irait jusqu'à pousser le vice pour désigner un bureau politique du FLN démuni, littéralement, de diplômés. Le spectre de l'esprit de Abane, même mort, inquiétait la junte militaire. A leurs yeux : chaque homme politique intelligent, de l'époque, portait, forcement, en lui les séquelles des concepts fondateurs édictés par Abane Ramdane et la sagesse politique affinée par Ferhat Abbas. 

Mohamed Seddik Benyahia avait beaucoup souffert, en silence, de cette méprise à son égard et surtout la politique de guerre entreprise contre l'intelligence. En fin tacticien politique, il prit du recul et demanda à se faire nommer comme ambassadeur à Moscou et à Londres 

Mais, la malice sans génie ne peut mener nulle part en politique et la pratique du pouvoir sans talent dérive, toujours, vers l'autoritarisme. Boumediene, contraint et forcé, fit appel aux compétences de Mohamed Seddik Benyahia pour s'occuper, sérieusement, des affaires de l'Etat. Il prit le taureau par les cornes et s'engagea avec énergie dans sa tâche, au service de son peuple, en prenant la responsabilité de plusieurs ministères importants, jusqu'à sa mort. 

Mais, en attendant que l'Histoire livre tous ses secrets et mette en avant les mérites de tous les enfants du pays, Benyahia comme tant d'autres furent victimes d'un système vicieux et cynique, attiré par les fresques d'un pouvoir aux méthodes érodées. Et pourtant, il est des morts qui dérangent et dont on craint l'ombre, écrivait feu M'hamed Yazid le 4 mai 1993, dans une évocation du souvenir de Mohamed Seddik Benyahia. Il suffit à notre peuple de retirer juste la poussière des années accumulée sur les noms illustres de ses enfants pour trouver la lumière. Les enfants de l'Algérie qui, par amour au pays, ont fait briller, par leurs prises de position, la personnalité réelle et éternelle de l'Algérie. 


Par : Abdelaziz Boucherit

2/03/2020

Sur les traces du «révolutionnaire»: Frantz Fanon !


«Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir» Frantz Fanon in «Les Damnés de la terre». 

Il est, pour le moins difficile, de résumer Frantz Fanon (1925-1961), dans un article, une revue ou même un livre, aussi volumineux soient-ils. Ce penseur-phare de la décolonisation reste, aux côtés d'Eward Said, Amilcar Cabral, José Carlos Mariategui, Jean-Paul Sartre, Albert Memmi, Edouard Glissant et bien d'autres, un monument humain et une référence incontournable pour tant de générations de résistants, qu'ils soient Latinos, Asiatiques ou Africains, en particulier les Algériens. Visionnaire et homme de terrain, Fanon a exploré, dès le début des années 1960, les causes du sous-développement de l'Afrique, en allant prospecter dans le cerveau, les réflexes, les habitudes et les comportements de l'indigène/colonisé. 

I- Fanon, le révolutionnaire de la pensée 

Ce fut l'ouvrage «Peau noire, masques blancs» (1952), fruit d'une thèse soutenue à Lyon, une année auparavant, qui a fait connaître Frantz Fanon au grand public.(1) Remettant en question l'aliénation et la déculturation du Noir antillais qu'il impute au processus de la colonisation, Fanon y décèle des mécanismes de violence psychologique exercés par les colons sur le colonisé. Celui-ci, poussé dans ses derniers retranchements de survie, se met alors à intégrer «passivement» à ses dépens une lourde logique de stigmatisation, qu'il continue à perpétuer.(2) Ce sentiment d'infériorité / infériorisation culturelle, accepté de fait par le colonisé, devient alors une attitude, voire un caractère permanent dans sa personnalité. Ainsi méprise-il sa culture d'origine, sa langue, son patrimoine, ses us et ses coutumes, tentant en vain de copier ou plutôt d'imiter «l'école du colonisateur». (3) Cette «taba'îya» (suivisme), pour emprunter le vocabulaire khaldounien, est d'après Fanon, un handicap majeur à la culture de l'homme libre. (4) Il est évident que ce dernier part d'un constat fort lamentable : La plupart des Antillais, venus en métropole, oublient, sinon rejettent vite leur langue d'origine «le créole» et tentent de se rapprocher du français, la langue du «Blanc», synonyme de «civilisation», de «culture» et du «développement». En revanche, ces mêmes Antillais (noirs) plongent, eux-mêmes, dans une certaine «négrophobie» nauséabonde et se mettent à rejeter les leurs, n'hésitant pas à tenir à distance les Noirs africains, qu'ils considèrent «inférieurs», voire «de véritables nègres». (5) Devenant systématique, le syndrome de l'aliénation, évolue et se renforce dans une sorte d' «éco-système», se retournant alors, par effet boomerang, contre le colonisé lui-même, en le déshumanisant. Cette perte cruelle d'humanité et de confiance en soi expose ce dernier au défaitisme, au désespoir. 

Une fois devenu, en 1953, médecin-chef à l'hôpital psychiatrique de Blida, Fanon, constate sur le terrain les mêmes effets négatifs chez beaucoup d'Algériens, que l'on considère alors comme «Indigènes». Il se rend compte, non sans dégoût, que le système colonial ne repose pas seulement sur sa domination territoriale et économique, mais aussi et surtout sur sa suprématie psychologique sur l'esprit des colonisés. La duplicité du traitement colonial à l'égard des colonies rend le salut presque impossible. Comment faire alors? s'interroge-t-il. La réponse ne se fait pas longtemps attendre : «décoloniser les esprits», un slogan repris d'ailleurs plus tard par le penseur Mohand-Chérif Sahli (1906-1989), qui appelle à «décoloniser l'histoire»(6) Autrement dit, libérer «l'homme de couleur», libérer «l'indigène», libérer «le colonisé» tout court de l'emprise psychologique du colonisateur, en déconstruisant ses logiques de domination perverses. Le célèbre psychiatre martiniquais, comprenant l'importance du fait colonial dans la maladie, invente une psychothérapie sociale, intégrée à la vie, adaptée au milieu et à la culture des patients colonisés. Pour lui, «l'indigène apprend à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites ; c'est pourquoi ses rêves [...] sont des rêves musculaires, des rêves d'action, des rêves agressifs»(7) C'est la dichotomie existante entre le discours de la liberté dont se sert l'Europe et la pratique de la colonisation qui le décevait. Il est clair que, si Fanon a démissionné, en 1956, de son poste de médecin-chef à Blida-Joinville, c'est bien parce qu'il se sentait incapable d'assumer son rôle dans la machine d'aliénation européenne, complice d'un pouvoir colonialiste répressif. Dans sa lettre de démission à Robert-Lacoste, à l'époque ministre résident, gouverneur général de l'Algérie, il s'interroge sur l'utilité de bonnes intentions, si leur concrétisation sur le terrain est rendue impossible par l'indigence du coeur, la stérilité de l'esprit, et la haine des autoctones du pays, dénonçant, au passage, le statut réservé à l'Algérie qu'il qualifie de «déshumanisation systématisée».(8) N'y a-t-il pas là, place au parallèle, avec la célèbre ethnologue Germaine Tillon (1907-2008), qui dépeignait déjà le colonialisme comme «une machine de clochardisation»? Fanon réfléchit en ethnologue, soigne en psychiatre, et agit en révolutionnaire, et c'est là que se situait le secret de la solidité de son argumentaire, et de son action. L'Algérien était en butte, d'après lui, à la décérébration, pris qu'il fût «dans les mailles serrées du colonialisme». Puis, le colonisateur, chez Fanon, détaille le professeur A. Cheniki, construit son colonisé, lui impose son propre regard, à tel point qu'il se regarde à travers sa propre lorgnette! En quelque sorte, le colonisé module sa propre aliénation et se la revendique en douceur, c'est ce que Fanon appelle «complexe du colonisé». Un amortissement incompréhensible de la pensée faisant du colonisateur un modèle en tout : l'art, l'industrie, la littérature, la beauté, la bonté, la force, etc. Il y a seulement quelques décennies l'écrivain Rachid Boudjedra notait, enragé, dans son pamphlet «Le FIS de la haine» (1992) que certaines boîtes d'édition parisiennes continuent de regarder les auteurs de l'autre rive de la Méditerranée en simple prosateurs exotiques, producteurs d'une littérature de bas-étage, qui réveillent le fantasme de ce fameux exotisme arabe, cultivé de longue date par les Orientalistes. Et le malheur, argumente Boudjedra, c'est que nos écrivains leur tendent la joue, pour qu'ils les traitent en tant que tels! Nous pouvons noter, à ce propos, que le penseur américo-palestinien Edward Said (1935-2003) lui-même a saisi bien cette réalité dans son ouvrage «L'Orientalisme» (1978), en insistant sur le fait que le regard posé par l'Occident sur nous-mêmes (Orientaux dans la pensée de E. Said) n'est qu'un «regard du dehors», résultat d'une longue histoire de colonialismes. En ce sens, il (ce regard-là) ne saurait être le reflet réel et authentique de notre réalité propre. Ainsi, il s'avère que l'exotisme ou la vision défigurée des Occidentaux sur l'Orient rend toute restitution de la vérité (dans un paradigme scientifique sérieux) un processus complexe, et ce sont tous ces stéréotypes infériorisants intériorisés, ajoutés aux sécrétions négatives de la machine colonialiste qui pérennisent le sous-développement mental du «décolonisé», et le poursuivent jusqu'à aujourd'hui. La convergence des idées d'Edward Said et de Frantz Fanon se fait au niveau de «la culture de résistance». Autrement dit, le colonisé ne peut s'affirmer «sociologiquement», «culturellement» et «politiquement», qu'en opposant «The weapon of knowledge» (l'arme de la connaissance), pour emprunter le mot de E. Said, lui-même, à ceux qui tentent de l'asservir, l'acculturer, le déculturer, l'assimiler et le déclasser à moindres frais. 

En tout cas, les analyses de Fanon collent, il est vrai, à la réalité socio-politique de nombre de pays africains d'aujourd'hui, et touchent de plein fouet, et de façon générale, les faiblesses ankylosantes de la pensée «tiersmondiste»(9) Pourquoi sommes-nous en retard ? Pourquoi les autres avancent-ils et nous on recule? Pourquoi eux (les Occidentaux, les ex-colons, les Européens ou autres dans ce large espace dit Monde Libre, etc), nous devancent-ils en tout, alors que nous avons tout ce qui est nécessaire à notre décollage «mental», économique, social, etc.? Fanon est convaincu que cette décolonisation des esprits ne devrait jamais être perçue comme un remplacement d'une espèce d'hommes par une autre, mais la création d'une nouvelle espèce d'hommes, en nivelant les inégalités de type racial, créées par le système colonial. Et voici le sésame du salut : la création d'une nouvelle espèce d'hommes qui s'appuient sur le savoir, la connaissance, la résistance à toute forme de servilité et d'oppression. Autant dire : «former les citoyens de demain»! Quand l'intellectuel indien Homi Bhabha, figure de proue des «études postcoloniales», en vogue dans les années 1970, met en lumière dans son ouvrage «Les lieux de la culture : une théorie postcoloniale» (1994) l'héritage fanonien, il dépoussière le côté militant de sa pensée, pour l'intégrer à l'universalité. Le célèbre psychiatre de Joinville n'a été reconnu, malheureusement, pour rappel, à sa juste valeur que dans les universités anglophones. Bien que très peu médiatisé en France après sa mort, il est porté à pleins bras outre-atlantique, dès la fin des années 1960. D'ailleurs, les Noirs américains de Harlem City s'en étaient largement inspirés pour rejeter leur condition de «colonisés domestiques», à l'image des «Black Panthers.» Or, quiconque sait que, bien qu'intellectuellement proche de l'écrivain sénégalais Léopold Sedar Senghor (1906-2001), l'apôtre de la négritude, Fanon n'en restait pas moins suspicieux quant au rapprochement idéologique de ce dernier de l'héritage de la France coloniale. Puis, récusant le concept de «la négritude» lui-même, il pensait que les valeurs positives qu'il portait au départ, ont changé, dans la mesure où l'exploitation du Noir de son frère noir, notamment après les indépendances, est devenue chose courante. Puis, les poètes et écrivains tels Leon Gontran Damas, Aimé Césaire, Senghor, n'ont-ils pas, eux aussi, dévié de leur trajectoire initiale? 



I- Fanon, le révolutionnaire de l'action 

Pourquoi il est important de redécouvrir l'oeuvre de Fanon, cet homme révolutionnaire, peu connu en Algérie, et réduit dans l'espace intellectuel français à son côté proprement «militant», au détriment de l'incidence de sa pensée philosophique universelle? 

C'est qu'au-delà de sa contribution scientifique au champ de la psychiatrie, Fanon fut un résistant anti-colonialiste de première heure. Selon Ajari Norman, il fut l'un des rares penseurs ayant poussé loin l'exigence d'une pensée à partir d'un lieu politique, en l'occurence, «l'anti-colonial». Autrement dit, la pratique de la politique n'a rien d'orthodoxie pour lui, mais constitue le lieu à partir duquel se déploie la pensée, qui rend possible la convocation d'hybridations, de transversalités disciplinaires, d'inventions conceptuelles, nécessaires à la production des savoirs.(10) Et, parallèlement à son activité psychiatrique, Fanon s'est associé à l'action révolutionnaire «indépendantiste», en hébergeant des maquisards du FLN, leur fournissant locaux, informations et logistique. 

Ce qui lui a valu, d'ailleurs, d'être expulsé d'Algérie en 1957, après sa participation en septembre 1956 à un congrès d'artistes et d'écrivains noirs où il appelle les peuples colonisés à entreprendre des guerres de libération. Son passage en Hexagone, puis en Suisse et en Italie fut de courte durée, puis, installé à l'hôpital de Manouba en Tunisie, il fut surpris par les marques du mépris et de racisme exprimées à son égard. Certains le dénoncent même comme espion! N'empêche, Fanon qui a rejoint le FLN au tout début de la guerre de Libération, devient l'une des plumes des journaux de «Résistance algérienne» et d' «El-Moudjahid», anime des séances de formation politique très appréciées par les militants et les cadres du parti. De même était-il de tous les combats diplomatiques, participant au nom du FLN au congrès panafricain d'Accra en 1958, puis en tant que délégué permanent du gouvernement provisoire GPRA au Caire, au Congo, au Mali, en Angola et à l'ONU, à New-York. Ayant choisi «Ibrahim Omar» pour nom de guerre, il met ses compétences au service de ses frères d'armes. En 1959, il a même échappé, de justesse, à Rome, où il est allé se soigner, suite à un accident de voiture, à deux attentats dirigés contre lui par des ultras. 

Suivant de très près l'extension de luttes de libération en Afrique, il noue des contacts solides avec des révolutionnaires et des hommes d'Etat africains. Malgré ses déboires de santé, il n'a jamais ménagé ses forces, dès son retour de Moscou, où il s'est soigné contre la leucémie, pour donner des cours de formation politique aux cadres de l'*Armée de libération (ALN) à la frontière algéro-tunisienne. Fanon reste dans la certitude que toute sortie de l'aliénation coloniale passe, nécessairement, par la décolonisation, et qui dit décolonisation, parlera de «conscience» de «révolution» et de «passage à l'acte», c'est-à-dire violence. Celle-ci, laisse deviner à travers ses pores, écrit-il dans «Les Damnés de la terre», des boulets rouges, des couteaux sanglants «Mais Fanon était-il vraiment l'apôtre de la violence brute, radicale? Force est de constater que, bien que conscient que seule la violence pourrait être la réponse adéquate, voire l'unique moyen possible, de sortir de la violence/aliénation coloniale, il ne la voyait pas (la violence), comme une fin en soi. Ainsi fait-il une distinction capitale entre «se faire accorder sa liberté» et «l'obtenir.» (11) La nuance étant de taille! En vérité, comme l'aurait affirmé l'auteur Kadour Naimi, le régime colonial fut tellement féroce que les consciences algériennes ont fini par s'éclairer. Elles se sont affranchies de l'aliénation impérialiste, et malgré les obstacles et les accusations d'aventurisme, la lutte de la Libération nationale s'est déclenchée. (12) Le but de Fanon n'était pas de rompre avec l'héritage culturel «colonial», mais de faire en sorte que le cerveau de (l'ex-) colonisé prenne conscience du danger de se considérer en position de faiblesse et du suivisme, de ceux qui avaient tenté de le réduire à un moins-que-rien. La consommation irréfléchie de cette «philosophie défaitiste» est à même de le projeter dans des logiques d'asservissement néocolonial plus dramatiques, permettant au processus d'exploitation impérialiste-capitaliste de prendre le relais du colonialisme du type classique. 

C'est peut-être dans cet esprit que l'auteur de «Nedjma», Kateb Yacine, s'inspire dans ses écrits des langues populaires, coupant avec et l'Occident et l'Orient, pour puiser dans une Algérianité proprement algérienne. Cette Algérie riche «pluriellement» de cultures et de traditions millénaires, n'a pas à copier ni à imiter quiconque, mais à inventer : inventer son modèle à elle. «Le problème, précise K. Naimi, [...] n'est pas de s'opposer aux langues française et moyen-orientale, ni de toute autre langue. Ce serait stupidement s'appauvrir. Le but est simplement d'établir avec ces langues non-maternelles un rapport égalitaire et enrichissant. 

Afin d'y parvenir, il est indispensable de mettre fin à une tare de notre cerveau linguistique : loucher entre la France (ou les Etats Unis) et le Moyen-Orient. Quand la langue louche, c'est le psychisme entier qui en subit les conséquences, quand il n'est pas la cause» (13) Tel semble aussi être le message de Fanon aux Algériens qui basculent entre différents univers linguistiques et psychiques, alors que l'important c'est qu'ils regagnent le leur, lequel se suffit à lui-même, de par sa richesse, sa diversité et son authenticité. 

Relire Fanon aujourd'hui, disait le penseur politique Camerounais Achille Mbembe, c'est d'une part apprendre à restituer sa vie, son travail et son langage dans l'histoire qui l'a vu naître et qu'il s'est efforcé, par la lutte et par la critique, de transformer. C'est, d'autre part, traduire dans la langue de notre époque les grandes questions qui l'obligèrent à se mettre debout, à s'arracher à ses origines, à cheminer avec d'autres, des compagnons, sur une route neuve que les colonisés devaient tracer par leur force propre, leur inventivité propre, leur irréductible volonté» (14) 

III- L'Algérie, la mère adoptive et «éternelle» du rebelle Fanon 

Entre l'Algérie et Frantz Fanon, c'est bien davantage un lien ombilical de fils à sa mère qu'une histoire d'amour proprement dite. Fanon, le Martiniquais, né à Fort-De-France en 1925 ne fut-il pas le chantre du panafricanisme et le théoricien révolutionnaire qui n'a eu de cesse de lutter pour l'indépendance de sa seconde «mère-patrie» l'Algérie? «Bâtissons ensemble, écrit-il dans «Les Damnés de la terre»(1961), une Algérie qui soit à la mesure de notre ambition, de notre amour... 

Nous sommes des Algériens, bannissons de notre terre tout racisme, toute forme d'oppression et travaillons pour l'épanouissement de l'homme et l'enrichissement de l'humanité». Au-delà de ce message pour l'union et la fraternité, c'est son appel à la révision de notre psychisme d'éternels colonisés qui demeure d'actualité. 

Ainsi, ajoute-t-il dans le même esprit ce qui suit: «L'immobilité à laquelle est condamné le colonisé ne peut être remise en question, que si le colonisé décide de mettre un terme à l'histoire de la colonisation, à l'histoire du pillage, pour faire exister l'histoire de la nation. «Influencé, d'abord, par Aimé Césaire, le poète noir, son ancien instituteur et auteur du «Discours sur le colonialisme», déjà engagé politiquement à l'extrême gauche et partisan de l'indépendance des Antilles, Fanon manifestait pourtant, au départ, de l'enthousiasme pour la citoyenneté française, ce qui l'a amené à s'engager en 1943, pendant la Seconde Guerre mondiale, dans les forces françaises libres sous la direction du général de Gaulle, pour défendre la patrie française. 

Or, l'expérience du racisme des Français envers les Noirs l'a profondément marquée, faisant s'écrouler le mythe «Nos ancêtres les Gaulois», cultivé, de longue date, par la puissance coloniale au-delà de ses frontières. 

La désillusion du penseur noir, descendant d'esclaves africains, fut à la mesure de sa croyance dans un monde sans haine ni frontières. 

Puis ses lectures de J.P Sartre, de Maurice Merleau-Ponty dont il avait suivi les cours à la faculté des lettres de Paris, son amour de la philosophie de Hegel, Mauss, Lévi-Strauss, Heidegger, Freud, etc., furent les petites étincelles qui l'ont fait se croiser avec l'Algérie de la résistance et de la lutte. 

Curieux en tout ce qui a trait à l'Algérie, il s'est approché même du chanteur Abderahmane Azziz (1920-1992), pour mieux comprendre les émotions profondes de la société algérienne, et soigner ses patients avec les mélodies de châabi. En avril 1961, quand il a commencé la rédaction de «Les damnés de la terre», une oeuvre considérée comme un testament politique majeur, ce fut aussi l'Algérie qui lui tenait déjà la main, pour la gloire et la postérité. 

Enfin, l'ouvrage «L'An V de la révolution algérienne» (1959) reste un classique de la décolonisation, voire la référence incontournable pour tous les initiés à la culture révolutionnaire. Aujourd'hui, la vie de Fanon apparaît comme celle du Cubain José Marti (1853-1895), pleine d'expériences et de leçons, mais surtout celle de sa mère adoptive, l'Algérie. Une vie d'un homme politique et révolutionnaire d'envergure, faisant figure de «prophète», pour tous les peuples du Tiers Monde. 

C'est pourquoi, le mouvement citoyen, né après le 22 février 2019, devrait s'en inspirer, en remobilisant l'héritage culturel de cette sommité pour le recouvrement de la liberté confisquée aux Algériens, sous divers prétextes aussi farfelus que déprimants. Le cri de Fanon, ne nous fait-il pas écho à partir de sa tombe, pour assumer notre destin d'Algériens, avec toute la complexité de nos défis? Décidément, c'est le cas de le dire. 

Notes de renvoi : 

1-Razanajao Claudine et Postel Jacques, La vie et l'oeuvre psychiatrique de Frantz Fanon, Revue Sud/Nord, N°22, 2017/1, p150 

2-Pour mieux comprendre le phénomène de la stigmatisation: soignants-patients en milieu psychiatrique, voir l'excellent article de Jean Yves Giordana, La stigmatisation en psychiatrie et en santé mentale, Masson, juin 2010. 

3-Fanon Frantz, Peau noire, masques blancs, Seuil, Paris, 1952 

4-Maougal Mohamed Lakhdar, Kassoul Aicha, Boudiaf Said-Naceur et Al, Elites algériennes : Histoire et conscience de caste (livre II), Les éditions Apic, 2001 

5-Cheniki Ahmed, Josie et Frantz Fanon, La grande humilité, in «Rencontres (presque) imaginaires avec des artistes et des intellectuels algériens», archives ouvertes hal0238 0681, 2019, p19 

6-Ce sentiment d'infériorité culturelle s'accompagne généralement du mépris de soi, puis par l'imitation aussi servile qu'incohérente du colon, considéré comme supérieur en tout. Ce phénomène, très négatif, n'est pas seulement circonscrit à l'ère coloniale, mais recouvre «malheureusement» aussi la période des indépendances. Voir à ce sujet mon article : «Quand les effets du colonialisme deviennent une gangrène», Le Quotidien D'Oran, 2015. 

7-Cheniki Ahmed, op.cit, p 21 

8-Canonne Justine, Frantz Fanon: contre le colonialisme, Mensuel N°233- Janvier 2012 

9-Sajed Alina, Re-membering Third Worldism : An affirmative critique of National liberation in Algeria, Middle East Critique, volume 28, 2019 

10-Adjari Norman, Race et violence : Frantz Fanon à l'épreuve du post colonial, Archives ouvertes Hal, Université Toulouse Le Mirail, Toulouse II, 2014, p 9 

11-Razanajao Claudine et Postel Jacques, op.cit, p159 

12-Naimi Kadour, La défense des langues populaires, le cas algérien, Editions Electrons libres, Juillet 2018, p7 

13-Ibid, p 8 

14-Achille Mbembe, «La pensée métamorphique. A propos des oeuvres de Frantz Fanon», in: Fondation Frantz Fanon (dir), Frantz Fanon par les textes de l'époque, Paris, Les Petits Matins, 2012, p27 

*écrivain, chroniqueur. 

par Kamal Guerroua*


La capitale de l’Est rayonne sans parure. Ses reliefs acquis naturellement lui confèrent une carte postale inédite vouée au tourisme sans peine. Cette configuration semble échapper des mains des décideurs pour en générer une rentrée d’argent supplémentaire.
Les préparatifs vont bon train en perspective de la tenue de la 4e édition du Salon international du tourisme de Constantine Cirta Siyaha, prévu du 26 au 28 mars prochain. La Direction du tourisme, de l’artisanat et du travail familial entend réussir la manifestation pour une vitrine effective à travers un programme professionnel puisé dans les atouts, dont dispose la cité millénaire. C’est ce qu’a avancé le directeur du secteur Noureddine Bounafaâ. «Nous allons accueillir pour la présente édition un invité d’honneur, la République de Chine», a-t-il précisé, révélant que l’ambassade de ce pays à Alger sera destinataire d’un planning et surtout des «aspirations et axes à illustrer lors du salon». 
«Cirta Ciyaha entrevoie aussi un atelier élargi aux universitaires, partis indissociables de la donne de promotion, avec l’implication d’experts en la matière avec l’espoir de coucher d’un carnet blanc apte à accueillir des avis menant vers une «bonne promotion du produit touristique local et régional presque à l’état brut». Forte avec ses 150 agences de voyages, la cité millénaire n’est pas parvenue à transcender les barrières. «La plupart des agences versent dans la billetterie et les réservations d’hôtel sans carnet de bord spécifique du tourisme régional», nous confie un spécialiste en hôtellerie. «Loin de la promotion de la destination locale», articulera-t-il.

Don naturel 
Les dessins restent à leur état embryonnaire, à l’exception de quelques visites éphémères saisonnières, émanant de touristes tunisiens pour le shopping notamment. Ville ensorcelante de par ses vestiges. Don naturel. Constantine se démène pour essayer de rentabiliser ses coins touristiques aptes à générer une plus-value. La feuille de route définitive peine à voir le jour en l’absence d’une volonté beaucoup plus politique, soutiennent quelques experts, soulignant que la région de l’est ne tire aucun profit de son riche panorama. «Un gisement non seulement inexploité, mais en dégradation permanente», arguent-ils. La sempiternelle problématique du tourisme à Constantine se pose toujours avec cette incapacité de franchir le cap et drainer une moyenne de visiteurs à longueur d’année. La donne du foncier aura presque dominé tous les débats lorsqu’il est question de coucher d’un livre blanc consacré au secteur. «L’équation appelle d’autres paramètres. 
Les opérateurs pointent souvent du doigt le parcours difficile en matière d’investissement. Adopté il y a quelques années et conforté par une commission mixte chapeautée par la wilaya, le schéma directeur d’aménagement touristique 2030 s’invite timidement à Constantine. Si pour les infrastructures de base, la wilaya a quelque peu étoffé sa carte avec le Marriott, le Protea hôtel (ex-Panoramic) et la chaîne Ibis et Novotel, en attendant la réception de l’antique hôtel Cirta, en réhabilitation, la faille réside dans le vecteur de promotion en lui-même. Les aires historiques de Constantine méritent un traitement de fond approprié. A titre d’exemple, le site Tiddis à Ben H’Midane, le tombeau Massinissa au Khroub, pour ne citer que ces espaces extra muros en quête de restauration, et d’un contour bien défini, pour aspirer à des visites périodiques de touristes. En intras muros, la réhabilitation de la vieille ville bat de l’aile en dépit de multiples essais antérieurs. Chaque jour, un pavé s’y perd devant une indifférence inexplicable des gestionnaires veillant au patrimoine. 
Le rocher s’accroche uniquement à ces ponts en tentant des passerelles avec le monde extérieur sous l’œil de la femme ailée, de la victoire, surplombant le monument aux morts. L’étape des constats, des études et de surcroît des salons protocolaires demeure révolue. La capitale de l’Est croise les doigts pour une intervention immédiate. Le Salon Cirta Siyaha balisera seulement une partie du chemin à la donne touristique. En d’autres termes, «on ne présente pas Constantine, elle se présente et l’on salue (…)», dixit Malek Haddad dans l’une de ses publications.
N. H.

2/02/2020

casbah de frenda



شرح تفصيلي لقصبة فرندة القديمة (حمدوش حاليا )
هذا الحي الذي كان يمثل القلب النابض لمدينة فرندة عبر تاريخها الطويل ، حيث كان يعج بالحركة لتوافد أهل البلدة عليه لقضاء حجاتهم المختلفة وعرض سلعهم المتنوعة من صناعات تقليدية كالحلي والمنسوجات من أغطية وزرابي وجلابيب وأواني من الفخار والحلفاء من إبداع سكان الحي وأهل الأرياف المجاورة ، التي كانت تزين بها واجهات المحلات التجارية على مقربة من العين الكبيرة التي تتدفق بالمياه العذبة السلسة ، كما كان مسجد سيد الناصر العتيق الذي يعود تشييده إلى أواخر القرن الثامن عشر يعج بالمصلين وحفظة القرآن الكريم ، وكان يشرف عليه ثلة من العلماء والفقهاء الذين كان لهم فضل كبير في تربية وتوجيه أفراد المجتمع لما فيه خير البلاد والعباد من خلال الدروس والحلقات التي كانت تقام خلال كافة أيام الأسبوع ، إذ لا زال أهل المدينة يتذكرون العلامة الجليل سي المغراوي والحاج بومدين وسي الهبري والحاج بغداد ... إلخ ، لقد ساهم هؤلاء وغيرهم بما أتيح لهم من إمكانات في نشر العلم والثقافة فتخرج على أيديهم جيل أطبقت شهرته ألآفاق في مختلف العلوم والفنون .
يحن أهل فرندة إلى تلك الأيام الزاهية المفعمة بالحيوية والنشاط ، ويعز عليهم ما آلت إليه وضعية قصبة فرندة من الخراب والدمار حيث تحولت معظم مباني الحي إلى أطلال وقلت الحركة بالدروب والأزقة وأُغلقت المحالات التجارية ، فالحي يحتضر ولا أحد يحرك ساكنا لإنقاذ ما يمكن إنقاذه مما تبقى منه وإعادة ترميم ما انهار منه من مبان ومحلات تجارية من خلال دعم قاطنيه من التجار والحرفين ماديا ليستعيد الحي نشاطه وحيويته اجتماعيا واقتصاديا وثقافيا على غرار ما نراه في جهات أخرى من الوطن .
يتخلل هذا السور مجموعة من الأبواب منها : " الباب الكبير ، باب التحت ، باب بوعرارة وباب السوق ، ومن بين هذه التسميات التي لا زالت متداولة بين الأهالي لحد الساعة " الباب الكبير " ، ولعله وصف بهذا ، كونه كان يمثل المدخل الرئيسي للمدينة . وكانت (( هذه الأبـواب الأربعة مرتبطة بقلب المدينة "حوش ربِّي " بواسطة شبكة من الأزقة الضيقة التي تؤدي في الوقت ذاته إلى مسجد القصبة )) (1) . ولعل ما يستوقفنا هنا عبارة " حوش ربي " ، فالحوش كما تقول معاجم اللغة العربية " ما حول الدار " أو ما يحيط بها من مساحة ( Cour ) وإضافة لفظ " رب" إلى الحوش قد يكون من باب " الوقف" المعروف في الإسلام ، وتعني " بيت الله "، وهو المكان الذي يقصده عابرو السبيل ، ومن المعروف أن شاعت هذه الظاهرة في القديـم ولا زالت إلى يومنا هذا .
تمثل (( المجموعة السكنية داخل القصبة سلسلة من المباني المتلاصقة الممتدة على طول السور الذي يحمي المدينة المحاطة ببستان واسع " جنان اولاد محاية " نسل الشرف " و" مقيل البقر" ملك الأثرياء من سكان القصبة )) (2) . ومقيل كلمة عامية مشتقة من " قال : يقيل: قيلولة ، وهي النوم عند الظهيرة وكونها ارتبطت بالبقر للدلالة على المكان الذي كانت تقيل فيه هذه الأخيرة في فصل الحر.
يتشكل (( سكان المدينة القديمة من أجناس مختلفة ، يقيم كل منها بناحية من نواحي القصبة لدرجة أن أصبحت دروبها تنتسب إلى المقيمين بها ، وتسمى بأسماء القاطنين بها ، فهناك درب الشرفة " اولاد سيدي عمر" ، درب زواوة ، درب اليهود ودرب الغواطيين الجنوبيين . إن حركة التنقل بدرب الشرفة " بالقرب من المسجد " تكاد يقتصر على سكان هذا الدرب أو أقربائهم )
لا تشكل القصبة القديمة إلا جزءا من المدينة الحالية . وكان لهذا التوسع أثره السلبي على المدينة القديمة حيث فقدت ـ وبحكم الترميمات التي أدخلت على مبانيها ـ أبرز معالم المدن القديمة إذ مال قاطنوها إلى إقامة مساكن لائقة تتماشى والنمط المستحدث بعد قدوم المعمرين